Mise à jour de notre réflexion sur les enjeux de l'après-crise

15 avril 2021, par Francis Gagné

Cela fait déjà plus d’un an que nous sommes en pandémie et ce fut sans équivoque une année éprouvante pour la majorité d’entre nous. D’un point de vue financier, la dernière année aura été une des plus mouvementées de l’histoire et nous tenons sincèrement à vous remercier pour votre confiance et votre complicité, sans quoi nous n’aurions assurément pas réussi à nous adapter aussi adéquatement!

 

Parlant d’adaptabilité, une des tendances avec laquelle nous devrons apprendre à vivre avec dans le futur semble être la volatilité accrue des marchés. Ces variations court terme de plus en plus sévères, tant à la hausse qu’à la baisse, se produisent plus rapidement, plus fréquemment et sans réelle prédictibilité. Plusieurs phénomènes peuvent expliquer cette nouvelle tendance, comme l’utilisation davantage répandue d’algorithme et d’intelligence artificielle en matière de négociation de titres boursiers. Une autre explication provient du fait qu’avec le confinement, les technologies et les nouvelles applications mobiles, un plus grand nombre de personnes ont accès aux marchés boursiers pour transiger eux-mêmes de n’importe où et souvent impulsivement. Nous avons pu saisir l’ampleur du phénomène récemment lors de la saga GameStop et du forum de discussion Reddit et r/wallstreetbets.

 

Bien que cette volatilité accrue puisse inciter certains à vouloir spéculer sur du court terme, nous tenons à rappeler que notre stratégie d’investissement demeure axée sur le long terme et que nous jugeons rarement opportun de quitter un bon placement long terme pour une spéculation court terme.

 

Nous gardons toujours à l’esprit que les actifs que vous nous confiez sont, pour l’essentiel, votre principal patrimoine et que celui-ci se doit d’être géré afin de traverser vents et marées. Dans cet esprit, lorsque nous investissons dans une entreprise par l’entremise de ses actions, nous le faisons avec la même vision long terme que si nous achetions l’entièreté de l’entreprise pour la détenir concrètement. Nos réflexions se définissent par une approche descendante (top down en anglais), où nous débutons d’abord par un examen approfondi des données et des tendances macroéconomiques (masse monétaire, inflation, taux d’intérêt et sa résultante sur la croissance économique) afin d’ensuite déterminer  les catégories d’actifs, les régions ainsi que les secteurs qui seront les plus susceptibles, selon nous, d’offrir le meilleur rapport risque/rendement.

 

Comme nous l’avions écrit en avril 2020, à notre avis, un des plus importants catalyseurs de la tendance économique post Covid réside dans la capacité et le désir accru des diverses banques centrales de faire tourner la planche à billets pour subvenir aux ambitions des instances gouvernementales et ainsi leur permettre de stimuler leur économie face aux multiples défis auxquelles elles sont confrontées. Cette réflexion économique post Covid contraste avec notre interprétation de la dernière décennie. Selon nous, s’il était risqué, voire impossible pour un pays souverain d’émettre de la nouvelle monnaie en trop grande quantité pour stimuler son économie avant la crise, et ce, de crainte de voir sa monnaie être dévaluée, il en est significativement moins le cas actuellement.

 

En nos mots, comme la crise actuelle est planétaire, l’ensemble des banques centrales de tous les pays semblent convenir (officieusement) d’émettre simultanément plus de nouvelle monnaie pour financer leur relance économique. Cette façon de faire qui autrefois aurait été dommageable pour leur économie s’effectue aujourd’hui sans grands impacts apparents, puisqu’elles le font toutes en même temps!

 

Toujours dans cet esprit visant à vous aider à mieux figurer la métamorphose structurelle que nous percevons dans l’économie post Covid, nous portons à votre attention qu’au cours des dernières décennies, les banques centrales ont principalement stimulé leur économie par des baisses de taux d’intérêt. Comme les taux avoisinent aujourd’hui les zéros, il devient évident qu’ils n’auront plus le même rôle dans les années à venir. Nous pensons que le moteur le plus puissant de l'économie sera majoritairement les dépenses gouvernementales, d’où les fonds proviendront en grande partie par l’émission de nouvelle dette financée à très faible taux par les banques centrales. En ce sens, les gouvernements canadiens et américains, ainsi que bien d’autres dans le monde, ont clairement énoncé leurs couleurs et celles-ci convergent vers les principes de sauvegarde de l’environnement, de l’équité sociale, du renouvèlement des infrastructures et de la sécurisation de la chaine d’approvisionnement en biens jugés essentiels. À titre d’exemple, le gouvernement canadien a déjà annoncé le 4 mars dernier qu’il investira 2,75 milliards de dollars sur cinq ans pour aider les municipalités à se doter d’autobus électriques tant pour le transport collectif que pour le transport scolaire. De l’autre côté de la frontière, le gouvernement américain s’engage dans un plan de relance 1 900 milliards de dollars US approuvés par le congrès début mars en plus d’un nouveau plan supplémentaire de 2 000 milliards de dollars US visant les infrastructures.

 

Cette réflexion est d’ailleurs appuyée par certains joueurs influents, comme dans cet article paru le 7 avril 2021 où Jamie Dimon (le PDG de longue date de JP Morgan Chase) affirme : « Je suis convaincu qu'avec l’excès d'épargne actuel des ménages, des nouveaux chèques d’aides, des dépenses déficitaires énormes, plus de QE (assouplissement monétaire), d’un nouveau projet de loi potentiel sur les dépenses en infrastructures, d’un vaccin efficace et de l’euphorie reliée à la lumière au bout du tunnel pandémique, l'économie américaine va probablement connaître un boom. Ce boom pourrait facilement se prolonger jusqu'en 2023, car toutes ces dépenses pourraient s'étendre jusqu'à au moins 2023. » - traduit de l’anglais.

Alors que Dimon qualifie les valorisations boursières d’ « assez élevées », il déclare cependant qu'un boom pluriannuel pourrait justifier ces valorisations.

 

S’il peut sembler inquiétant de voir les dettes souveraines de plusieurs pays atteindre de nouveaux sommets, gardons à l'esprit qu'une dette massive à des taux d'intérêt quasi nuls croît moins vite qu’une dette moindre à taux d’intérêt élevé! Pour vous aider visualiser ce concept, nous vous partageons ce vidéo réalisé par Le Monde (11min) : Pourquoi la dette publique n'est pas un problème (pour l'instant). L'enjeu le plus important des banques centrales devant ce scénario sera leur capacité et leur volonté à maintenir ces taux bas. La raison est que, règle générale, des taux d’intérêt maintenus artificiellement bas finissent par créer des pressions inflationnistes. Bien que rien n’est immuable, nous pensons néanmoins que les pays aux monnaies fortes ont la capacité de maintenir leur taux bas, d’autant plus que de l'aveu du président de la FED et de ses comparses, ces derniers pourraient tolérer une hausse des prix supérieure à 2 % pendant quelque temps sans pour autant relever immédiatement les taux d’intérêt.

 

En conclusion et toujours comme nous l’avions écrit en avril 2020 : « dans la mesure où les banques centrales, sous prétexte de crise sanitaire, de ralentissement économique ou d’urgence environnementale, s’octroient une latitude quasi infinie pour créer de la monnaie pour s’assurer d’atteindre leurs objectifs, il devient probable que le risque le plus grand pour l’investisseur ne soit plus la faillite du système, mais plutôt l’inflation! Si les banques centrales impriment à profusion pour ainsi maintenir artificiellement les taux d’intérêt très bas, il n’y a pas pires actifs à conserver à long terme que de l’argent liquide ou investi à un taux inférieur à l’inflation. »

 

Concrètement pour vos portefeuilles, et ce, dans les limites de vos profils d’investisseur respectifs, nous jugeons inopportun d’investir votre capital à long terme dans une dette d’État qui rémunère son détenteur à un taux moindre que l’inflation. Sans les exclure totalement, nous prenons également garde aux obligations d’entreprises publiques qui en l’absence de compétitions, bénéficient de taux de financement elles aussi trop bas pour bien en rémunérer le risque. Nous émettons le constat que dans le revenu fixe, il ne reste pour l’instant guère de choix autre de la dette d’entreprise publique et privée de moindre ampleur qui nous rémunère plus adéquatement pour le risque encouru. Précisons également que dans ce contexte, nous favoriserons les échéances de courte durée.

 

Du côté des actions, sans excès de concentration et toujours dans les limites de vos profils d’investisseur respectifs, nous privilégierons les secteurs qui profiteront de l’inflation et de la manne gouvernementale (infrastructures, énergies vertes et nouvelles chaînes d'approvisionnement).     

 

Si l’analyse que nous avions écrite en avril 2020 est toujours d’actualité, nous sommes conscients que de tenter d’évaluer les tendances à long terme dans un monde en perpétuel changement est risqué. Nous gardons donc toujours à l'esprit que rien n'est immuable et qu’une constante vigilance ainsi qu’une constante remise en question de notre analyse est requise en regard au développement macroéconomique, politique, géopolitique et tout autre.  

Financière Banque Nationale – Gestion de patrimoine (FBNGP) est une division de la Financière Banque Nationale inc. (FBN) et une marque de commerce appartenant à la Banque Nationale du Canada (BNC) utilisée sous licence par la FBN. FBN est membre de l’organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières (OCRCVM) et du Fonds canadien de protection des épargnants (FCPE) et est une filiale en propriété exclusive de la BNC, qui est une société ouverte inscrite à la cote de la Bourse de Toronto (NA : TSX).

Les opinions exprimées ici sont celles de l'auteur à la date de publication et sont susceptibles d'évoluer sans préavis. Chaque équipe de gestion de portefeuille peut avoir des points de vue divergents et prendre des décisions d'investissements différentes pour divers clients. La Financière Banque Nationale – Gestion de patrimoine (FBNGP), par l'entremise de son stratège en chef Stéphane Marion, propose un point de vue différent. Voici sa dernière évaluation de la situation https://www.fbngp.ca/documentation/publications-financieres.html (voir l’Hebdo économique).

 

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