Les critères ESG : pas les seuls enjeux de l’investissement durable – Partie I

23 novembre 2020 par Olivier B. Ampleman

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Alors que certains s’y intéressent dans une perspective de gestion des risques, d’autres sont plutôt à la recherche de solutions d’investissement qui leur permettront de concilier rendements financiers et impacts positifs sur la société et l’environnement. Quelles que soient les motivations en cause, il apparaît clair, vu l’ampleur de son utilisation, que l’investissement durable n’est pas qu’une mode et qu’il est là pour rester! Voici la première moitié d’un article en deux parties traitant du sujet.

L’investissement durable est loin d’être nouveau, ayant fait ses débuts au pays en 1986. Pourtant, c’est au cours de la dernière décennie qu’il prend véritablement son essor. Profitant des changements de mentalité, il connaît une croissance fulgurante et attire des centaines de milliards de dollars de nouveaux actifs autour du monde. Le Canada ne fait pas exception et il y gagne des parts importantes de marché, passant le cap de la moitié de l’actif sous gestion en 2017.

Cependant, si le nombre de fonds revendiquant une appartenance à ce groupe explose durant la période, la progression ne se fait pas de façon homogène. Une panoplie d’approches font en effet leur apparition, et bien qu’elles soient légitimes, il n’est pas clair qu’elles aient toutes le même potentiel d’atteindre leurs objectifs énoncés. De plus, ce large éventail crée de la confusion chez les investisseurs et le public.

Dans un tel contexte, il est important pour les investisseurs intéressés par cette philosophie d’investissement de connaître les différentes options qui s’offrent à eux et les éléments qu’ils doivent prendre en considération pour faire leur choix.

Qu’est-ce que l’investissement durable?

Définissons d’abord ce qu’est l’investissement durable, aussi nommé investissement responsable. Selon les Principes pour l’Investissement Responsable de l’ONU (United Nations-supported Principles for Responsible Investment), il s’agit d’une stratégie qui vise à incorporer les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance – ou ESG – dans les décisions d’investissement et à maintenir un actionnariat engagé.


Les différentes approches tiennent donc toutes compte de ces enjeux, mais diffèrent au niveau du processus d’investissement et en ce qui concerne l’interaction entre les actionnaires et les dirigeants des entreprises une fois les investissements réalisés. On peut en identifier 6 principales, qui peuvent être utilisées seules ou combinées.

Intégration des facteurs ESG

Stratégie d’investissement durable la plus répandue au Canada, elle consiste à intégrer l’analyse des facteurs ESG à l’analyse financière traditionnelle. Cela se traduit généralement par une augmentation du taux de rendement requis lors de l’évaluation de l’investissement en raison d’un risque financier perçu comme plus élevé, causé par exemple par d’éventuels poursuites et boycottages par les consommateurs. Il est donc commun pour les gestionnaires de portefeuille qui mettent en application cette approche de détenir des sociétés dont les cotes ESG sont inférieures à la moyenne lorsque leurs prix sont suffisamment attrayants.

Analyse restrictive (ou filtrage négatif)

Il s’agit d’une approche que beaucoup de gens associent à l’investissement durable. Elle désigne les processus d’exclusion systématique d’entreprises, d’industries ou de secteurs spécifiques de l’univers d’investissement sur la base de considérations éthiques, morales, religieuses, ou environnementales. Dans le cas de fonds ayant un mandat international ou global, certains pays peuvent également être exclus en raison de leurs antécédents en matière de droits de la personne ou d’autres motifs. On utilise habituellement le terme « investissement socialement responsable » (ISR) pour la désigner, et les fonds qui l’emploient excluent fréquemment les industries de l’armement, du jeu et du tabac, et le secteur des énergies fossiles.

Il existe également une sous-catégorie de l’analyse restrictive, nommée filtrage basé sur les normes, qui est parfois considérée comme une approche à part entière, et qui se différencie de celle-ci par l’exclusion de compagnies individuelles ne rencontrant pas des normes et standards internationaux, tels que les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme ou les Principes directeurs de l'OCDE pour les entreprises multinationales.

Premiers de classe (ou filtrage positif)

Une autre stratégie populaire; les fonds qui l’emploient incluent systématiquement dans l’univers d’investissement les entreprises se classant le mieux dans leur secteur ou industrie en termes des caractéristiques ESG. Les gestionnaires peuvent ensuite recourir à l’analyse traditionnelle pour sélectionner les investissements à l’intérieur de cet univers.

Investissement thématique ESG

L’investissement thématique est une forme d’investissement qui cherche à identifier des mégatendances au niveau social, économique ou démographique, et des actifs qui en profiteront. Dans le cas particulier de l’investissement thématique ESG, les gestionnaires ciblent des compagnies qui sont susceptibles de bénéficier de thèmes ESG spécifiques pour croître, tels que les énergies propres, les infrastructures de transport écologiques et la diversité dans la gestion des entreprises.

Investissement d’impact

Les fonds qui le pratiquent investissent dans des sociétés dans l’objectif de générer un impact bénéfique d’ordre social ou environnemental, parallèlement à un rendement financier adapté au niveau de risque, ou à tout le moins positif. Les enjeux sur lesquels ils peuvent être axés sont souvent dans des domaines tels que la microfinance, l’agriculture durable, et l’accessibilité des services essentiels (logement, éducation, soins médicaux, Etc.).

Engagement des actionnaires

Finalement, l’engagement désigne l’utilisation du pouvoir des actionnaires pour influencer le comportement des entreprises en ce qui a trait aux enjeux ESG. Cela peut être effectué en utilisant les votes conférés par les actions détenues lors des assemblées, en déposant des résolutions d'actionnaires, ou en dialoguant directement avec les dirigeants et administrateurs. Évidemment, ce genre de stratégie demande la mise en commun d’un capital important afin d’obtenir l’influence nécessaire.

Nous avons rédigé le présent commentaire afin de vous donner notre avis sur différentes solutions et considérations en matière d’investissement susceptibles d’être pertinentes pour votre portefeuille de placements. Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement ceux de la Financière Banque Nationale. En les exprimant, nous nous efforçons d'appliquer au mieux notre jugement et notre expérience professionnelle du point de vue d’une personne appelée à suivre un vaste éventail de placements. Par conséquent, le présent texte représente notre opinion éclairée et non une analyse de recherche produite par le Service de recherche de la Financière Banque Nationale.

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